Les facteurs de cohérence d’un enseignement bilingue

L’efficacité d’un enseignement bilingue et la cohérence des apprentissages sont aussi conditionnées par la définition d’un projet d’école et la concertation entre les maîtres concernés.

Le projet d’école

La loi d’orientation du 10 juillet 1989 fait obligation à chaque école d’élaborer un projet définissant les modalités particulières de mise en œuvre des objectifs et des programmes nationaux. Le projet d’école est la reconnaissance de « l’espace d’autonomie indispensable aux acteurs du système éducatif pour adapté leurs actions aux réalité du terrain » (circulaire ministérielle du 15 février 1990). C’est un instrument de cohérence de l’action éducative : il s’agit de faire converger toutes les initiatives au service de la réussite du plus grand nombre.

La création d’une classe bilingue suppose l’accord du conseil d’école et s’inscrit naturellement dans le projet d’école. C’est dans ce cadre que sont définis, dans le respect des textes en vigueur, le volume horaire consacré à la langue seconde, l’organisation des enseignements (alternance des enseignements dispensés dans chaque langue fondés sur la demi-journée ou assurée au cours de la demi-journée, section ou classe bilingue), le dispositif d’accompagnement (jumelage avec un jardin d’enfants allemand, présence d’albums allemand au coin lecture ou à la BCD, utilisation de la télévision…), les modalité de l’évaluation.

La mise en place d’un projet bilingue suppose, comme tout projet, une analyse de la situation : demande des familles, possibilité d’organiser à l’école une « voie unilingue » pour respecter le choix des familles non volontaires, compétences des enseignants, ressources de l’environnement ( proximité de la frontière…) présence de dialectophones ou de germanophones, possibilité de réserver une salle à l’enseignement de l’allemand,…

Par ailleurs, conformément à la circulaire du 10 octobre 1993, tout projet bilingue doit comporter deux volets et être sous-tendu par des objectifs clairs dans les deux langues. Pour renforcer la maîtrise du français, il est possible de concevoir l’organisation d’ateliers de langage, une correspondance et des échanges de documents avec le CP, l’intervention de la maîtresse des Petits pendant la sieste pour des actons de soutien, l’aménagement d’un coin écoute (utile aussi en allemand), un journal scolaire… Les actions envisageables ne manquent pas.

La concertation entre les maîtres

Le projet d’école étant défini, les enseignants se concertent lors des réunions des conseils de cycle institutionnalisés par le décret du 6 septembre 1991 pour assurer la cohérence des apprentissages.

C’est en leur sein que sont harmonisés les contenus, les méthodes et les objectifs. C’est pour les maîtres engagés dans les classes bilingues l’occasion de réfléchir à la continuité des apprentissages mais aussi l’occasion de faire le point avec les collègues des classes non bilingues et organiser périodiquement des évaluations communes. Le conseil de cycle peut conseiller le maintien en section bilingue ou le passage en voie unilingue. Lors du passage au cours préparatoire, c’est le conseil de cycle qui décide de la poursuite de la scolarité dans l’enseignement bilingue.

La concertation périodique en conseil de cycle est à compléter par une concertation continue entre les deux maîtres intervenant dans la même classe bilingue. Il ne peut y avoir deux projets pédagogiques différents. Ce serait se condamner à négliger une part importante des objectifs et se contenter de juxtaposer des activités non finalisées par un projet. La fixation de règles établies de manière conjointe et le travail autour d’un projet commun sont indispensables. Il ne s’agit pas de proposer les mêmes situations dans les deux langues mais de veiller à leur complémentarité.

Des expériences d’apprentissage précoce d’une langue par immersion existent ailleurs en France et dans le monde. Elles sont d’un grand intérêt, cependant aucune expérience ne peut constituer un modèle immédiatement transférable.