Les textes officiels

La notion de bilinguisme et de classes bilingues apparaît dans les circulaires officielles au début des années quatre-vingt.

Les circulaires sur l’enseignement des cultures et langues régionales

L’expression « classe bilingue » figure pour la première fois dans la circulaire ministérielle du 21 juin 1982 (circulaire Savary) consacrée à « l’enseignement des cultures et langues régionales dans le service public de l’Éducation Nationale ». Deux types d’expérience sont autorisées :

  • des activités en langue régionale à l’école maternelle et à l’école élémentaire ;
  • un enseignement spécifique de langue à l’école élémentaire à raison d’une à trois heures par semaine.

Le mot « bilingue » n’apparaît qu’une seule fois : il est proposé « d’étudier les conditions dans lesquelles pourraient être créées des classes expérimentales bilingues tenant compte des expériences déjà engagées dans certaines régions ». Aucun horaire n’est précisé. Une seconde circulaire, datée du 30 décembre 1983, précisera les objectifs et la méthodologie de l’enseignement des langues et cultures régionales.

Ces deux textes serviront de cadre à la création, dans le service public, de classes bilingues à parité horaire en Bretagne et au pays basque. En Alsace, plusieurs circulaires de Monsieur le Recteur Deyon (1982, 1985, 1988 et 1990) ont encouragé la prise en compte du dialecte et de la culture régionale à l’école ainsi que le développement de l’enseignement de l’allemand, considéré comme expression écrite et langue de référence de la langue régionale, au CM puis CE2 à partir de 1990. Le mot « bilinguisme » est employé dans l’introduction de la circulaire de 1988 et présenté comme « une richesse qu’il faut préserver ». Il n’est pas question de « classes bilingues ».

La circulaire rectorale du 20 septembre 1991

Les mots « bilingue » et « bilinguisme » n’apparaissent pas plus de deux fois dans cette circulaire rectorale qui porte sur le « développement de l’enseignement de l’allemand dans l’Académie de Strasbourg ». Monsieur le Recteur de Gaudemar fixe trois objectifs :

  • Généraliser l’enseignement de l’allemand au niveau du cycle des approfondissements.
  • Étendre progressivement cette initiation au cycle des apprentissages fondamentaux. Un démarrage au cycle des apprentissages premiers n’étant pas exclu et pouvant être envisagé en fonction des circonstances locales.
  • « Accroître l’immersion linguistique et culturelle des élèves par la mise en oeuvre de modules d’enseignement en allemand ». Aux trois heures d’enseignement de l’allemand peuvent s’ajouter trois heures d’enseignement en allemand. Le Recteur n’écarte pas des « expériences marginales de bilinguisme plus poussé dans des conditions à définir ».

Dans la pratique, le terme de « classe bilingue » va recouvrir des situations diverse où interviennent deux notions :

  • celles des modules d’enseignement assurés en allemand ;
  • celle d’un volume horaire qui, en principe, ne devrait pas être inférieur à six heures.

La signature d’une Charte de l’enseignement préélémentaire bilingue entre l’Éducation Nationale et le Département du Haut-Rhin en janvier 1991 consacre l’existence des classes maternelles bilingues à parité horaire dès la petite section avec une possibilité d’intervention de vacataires rémunéré par le Conseil Général, lorsque les enseignants ne peuvent assurer cet enseignement en allemand.

La circulaire du 20 octobre 1993

Ce n’est qu’en 1993 qu’une nouvelle circulaire rectorale est consacrée aux « sites bilingues », expression plus large qui englobe les classes bilingues. Aucun horaire n’est précisé : celui-ci est défini en conseil d’école et validé par l’Inspecteur de la circonscription après accord de l’Inspecteur d’Académie pour la création du site.

Différentes formes de regroupements des élèves sont proposées. On distingue :

  • la classe bilingue, à proprement parler, constitué d’élèves qui suivent tous l’enseignement bilingue ;
  • la section bilingue formée par le regroupement, pour les activité en allemand, des élèves qui suivent l’enseignement bilingue, qu’ils fassent partie ou non d’une même classe ;
  • le groupe bilingue qui est une section bilingue s’adressant à des enfants de niveaux différents.

En ce qui concerne les enseignants, le principe « une langue, un maître » a été retenu : les élèves disposent ainsi d’une personne de référence pour chaque langue. Cela implique que l’enseignant d’allemand utilise exclusivement cette langue en présence des enfants. Les parents et les enfants sont informés de cette « règle du jeu ».

Quant aux objectifs, il est seulement précisé que les élèves des classes bilingues devront atteindre les mêmes compétences en français, langue orale et écrite, que leurs condisciples de la voie « unilingue ».

La circulaire du 20 décembre 1994

La circulaire rectorale du 20 décembre 1994 est entièrement consacrée à l’enseignement bilingue. La finalité assignée à cet enseignement est de conduire les enfants, au terme d’un cursus bilingue continu, à une « bilingualité équilibrée ». Il s’agit de viser l’accès à des « compétences comparables » dans les deux langues.

Cette circulaire comporte trois partie :

  • La première est consacrée à une définition des différents types de sites bilingues (sites à six heures, sites « paritaire », sites bilingues dialectophones).
  • La seconde partie porte sur les objectifs linguistiques : trois domaines de compétences sont visés (compétences de communication, compétences textuelles, compétences métalinguistiques). Il est souligné notamment qu’à l’issu de l’école maternelle, les enfants devront être capables de « tenir le rôle d’interlocuteur dans des types différents de conversation en allemand, de maintenir le contact avec leur partenaire, de le comprendre, de se faire comprendre de lui, de coopérer et de collaborer avec lui pour produire du sens ».
  • Enfin la troisième partie regroupe une série de recommandations en matières de démarches pédagogiques. Elles s’articulent autour de trois idées-forces : mise en œuvre d’une pédagogie active, apprentissage progressif comportant un « droit à l’erreur » et impliquant des phases de structuration, importance d’un environnement adapté permettant de renforcer le statut de l’allemand comme langue de communication.

En fin de compte, le cadre défini par les classes bilingues est relativement souple. Cette souplesse correspond à la volonté de tenir compte de la diversité des situations et de ne pas bloquer les initiatives.

Cette nécessaire souplesse doit cependant aller de pair avec la recherche d’une cohérence de l’action pédagogique.